Ces infirmières qui devinrent médecins

Marie Feyler et Hélène Socin, deux exemples historiques, deux chemins différents.
Au XIXᵉ siècle dans les hôpitaux, les femmes ne peuvent qu’occuper des postes « inférieurs » . Considérées uniquement comme des aides auxiliaires, elles sont soumises aux directives des médecins, bien sûr des hommes. Mais deux évènements viennent perturber cette autorité:
- L’ouverture des facultés de médecine suisses aux femmes de manière égalitaire, en 1867
- La fondation par la Comtesse Valérie de Gasparin de la première école laïque de garde-malades le 4 novembre 1859 à Lausanne (aujourd’hui La Source). Elle considère que la formation d’infirmière est une profession sérieuse, qui ne doit pas être pratiquée sous la soumission d’un médecin ou d’un devoir divin (comme les religieuses). Ce métier est donc un moyen pour les femmes d’obtenir plus d’indépendance (notamment financière) et évoluer socialement.
La formation, tout comme l’esprit d’autonomie, est effectivement suffisamment approfondie à La Source, pour servir de tremplin vers la profession de médecin à deux femmes qui n’ont pas pu se lancer directement dans les études de médecine.
La première est Marie Feyler, née le 1 novembre 1865, à Lausanne. Elle suit sa formation en soins infirmiers à la Source entre 1886-1887, mais son rêve est de devenir médecin. Malheureusement son père ne veut pas qu’elle suive cette ambition. C’est pourquoi il l’envoie à Stuttgart étudier la musique, plus utile pour briller dans les salons bourgeois que la médecine, en espérant que cela lui passe. Cependant, dès son retour à Lausanne en 1892, elle s’obstine à vouloir travailler dans les soins. Secrètement, elle suit des cours scientifiques et son père n’a finalement pas d’autres choix que de se résoudre à accepter le choix de sa fille. Donc elle débute ses études de médecine en 1895 à 29ans et conclut son parcours académique en 1901. Après une année de stage pédiatrique au sein de l’hôpital cantonal de Lausanne, elle obtient son droit de pratique médicale le 20 août 1902. Elle est donc la première vaudoise à être nommée médecin. Son rêve atteint, elle mène sa carrière de gynécologue et pédiatre dans son cabinet, tout en s’engageant énormément pour la société et les droits des femmes: L’ouverture d’une « goutte de lait » à Lausanne en 1904, la création de l’association pour le suffrage féminin à Lausanne en 1907, son engagement lors de la guerre aux Balkan (1912) ou lors de la Première Guerre mondiale, la fondation de l’association Suisse des Médecins Féminin à Genève en 1922 et pleins d’autres actions. Parallèlement à tout cela, elle dirige l’institut pédiatrique jusqu’en 1936 et exerce son métier jusqu’à ses 80 ans! Et même si elle ne maintient pas de liens avec le Source, l’école suit avec fierté son parcours. En janvier 1959, elle lui rend hommage, écrivant sur l’importance de son rôle de pionnière ayant permis d’ouvrir davantage la porte aux femmes médecins.
Peut-être inspirée par Marie Feyler, la seconde Sourcienne à devenir médecin est Hélène Socin, née le 23 février 1885 à Bâle. Elle débute sa formation à La Source en octobre 1905, quelle enchaine directement par l’obtention de sa maturité à Bâle. Elle mène ensuite à bien ses études de médecine entre Zurich et Bâle. En 1915, elle initie finalement son internat à l’hospice de la maternité de Paris. Malheureusement elle est emportée par une pneumonie en mars 1917. Bien que sa carrière soit de courte durée, elle n’oublie pas ses origines de Sourcienne. Elle est retournée plusieurs fois dans l’école et y a même fait des dons. Cette affection, l’école lui rendait bien si l’on croit l’émotion palpable lors de l’annonce de sa mort.
Ces deux figures féminines avaient certes un parcours et un lien relationnel avec la Source différents. Mais ce sont des figures fortes, des modèles pour toutes celles qui veulent dépasser les barrières imposées par la société. Car comme le remarquait l’ancienne Sourcienne, Else Lorch, malheureusement, beaucoup de dames renonçaient aux études de médecine, entre autres pour s’occuper de leur famille, car la société l’exigeait. Il est donc essentiel de faire connaître ces figures qui prouvent que d’autres voix existent !