C’est normal d’avoir mal ! Les infirmières et infirmiers pionnier.es de la prise en charge de la douleur

« Pas possible, vous êtes trop douillettes ! », c’est un des arguments que les femmes ont souvent entendus quand elles se sont vues refuser l’accès au football, à la profession de policier, de pompier… et à beaucoup d’autres activités.
Les hommes, notamment les médecins et les biologistes, ont en effet longtemps soutenu que le corps féminin était naturellement plus fragile, peu capable de résister à la douleur et, donc, d’exercer des tâches éprouvantes. À l’inverse, les membres du « sexe fort » ont été décrits comme nécessairement plus robustes et aptes à encaisser, toujours virilement et sans broncher, les coups, la souffrance et la maladie.
Pourtant, dès le XIXe siècle les infirmières et les infirmiers ont démontré, chiffres à l’appui, qu’il était non seulement absurde mais aussi dangereux de dénier aux hommes le droit d’avoir mal. Leurs études ont révélé qu’une prise en charge inadéquate de la souffrance avait des conséquences lourdes sur la santé des corps masculins et pouvait même, dans certains cas, entraîner le décès d’individus qui auraient survécu s’ils avaient été traités convenablement. De l’autre côté de la balance, les infirmières et les infirmiers ont aussi participé à déconstruire l’idée que les femmes ne pouvaient pas tolérer la souffrance, en se servant en particulier de l’exemple de l’accouchement. Car oui, accoucher cela fait mal, contrairement à ce qu’ont pu dire certains obstétriciens masculins ! Et si l’expérience de la délivrance prouve que les femmes sont tout à fait capables de supporter des seuils élevés de douleur, il n’empêche qu’elles ont besoin, elles aussi, de prises en charge adaptées.
Les infirmières et les infirmiers ont ainsi joué un rôle central dans la mise en cause des stéréotypes de genre sur la nature soi-disant douillette des femmes et résistante des hommes. À dire vrai, le renouvellement des approches de la douleur est même un des acquis majeurs apporté par les sciences infirmières. Saviez-vous, par exemple, que c’est une infirmière qui a mis au point la définition de la douleur qui est actuellement utilisée par l’Organisation mondiale de la santé ? Ou que ce sont des soignantes qui ont réalisé les premières recherches statistiques et cliniques sur l’intérêt de traiter correctement les souffrances des soldats ? Et cette échelle d’auto-évaluation de la douleur couverte d’émojis qu’on vous fait remplir quand vous êtes hospitalisé, saviez-vous qu’il s’agit, là aussi, d’une création infirmière ?
Probablement pas. Dans ce domaine, comme dans d’autres, les contributions des infirmières et infirmiers à l’innovation en santé sont peu connues. Lors de la conférence du 16 avril 2026, les historiennes Aude Fauvel et Amélie Puche mêleront documents du passé et vidéos actuelles pour vous faire découvrir comment les infirmières ont renouvelé les conceptions de la douleur, d’hier à aujourd’hui. Car le sujet est hélas très actuel. Des images sexistes sur la souffrance continuent de circuler et de péjorer les prises en charge. Quant à la crise des opioïdes, elle illustre l’importance qu’il y a, plus que jamais, à prêter attention à l’ensemble des solutions qui ont été développées, notamment par les infirmières et infirmiers pour traiter toutes celles et ceux qui ont mal.